Liberté

 In accompagnement, accompagner la vie, accouchement

Création photo Marie-Eve B.Lévesque

Depuis deux décennies, je réfléchis au respect autour de la mise au monde. Alors bien sûr, parler de naissance c’est aussi parler de la vie et d’aucuns reconnaitront notre posture dans les enjeux de société actuels dans cette réflexion.

J’ai entendu beaucoup de vérités proclamées.

Je me suis éloignée pour tenter de comprendre et gagner en humilité, car moi -même je pensais avoir trouvé LA vérité, la seule, le chemin à suivre par tous et toutes pour une naissance «réussie». C’est alors qu’une autre vérité m’a été soufflée à l’oreille : « tu te trompes, les vérités sont multiples et la nuance s’impose».

J’ai revendiqué haut et fort à mes débuts le libre choix et la liberté des personnes qui accouchent.

Et puis j’ai constaté que la ligne était très mince pour qu’elles ne se retrouvent pas contre le système, à penser devoir se protéger, se défendre.

Ces convictions proclamées ne les aidaient pas à être libres. Bien au contraire: la peur de l’autre s’installait et une hypervigilance les empêchait de vivre leur expérience librement.

Il était vital de me re-questionner, de réfléchir avec tous les acteurs, de mettre des mots qui seraient compris de tous, de retrouver l’essence de cette expérience et surtout de revenir sur ce concept de liberté et de vérité. Car le clivage entre toutes les vérités s’est creusé au fil des années et ce dans beaucoup d’espaces de nos vies, pas seulement autour de la mise au monde.

L’importance du LANGAGE.

Accompagner des personnes qui vont accoucher et qui ont peur de ne pas être respectées demande une petite contorsion pour les amener à changer leur regard de place et à mettre leur démarche en mots, en mots qui seront compris de tous. Se définir soi et ne plus mettre l’emphase sur seulement  ce qui se passe autour, à l’extérieur.

Retrouver son autorité personnelle, c’est prendre le temps de définir ce que l’on porte. Ne pas se contenter de marteler une vérité dans un langage qui peut être incompris de l’autre. Cette vérité projetée à l’extérieur n’est pas incarnée.

La LIBERTÉ dans le cadre du système médical.

La liberté est une recherche d’autonomie dans un cadre précis. Accoucher dans son autorité personnelle, dans nos sociétés, implique avoir développé une confiance en ses capacités qui va s’exprimer non pas CONTRE le système mais AU SEIN du système. Rien à défendre ou à protéger.

Ainsi, tout change. La peur est moins présente.

Je vois cette liberté comme une expression de sa force. Cela ne signifie pas que cette personne a besoin de proclamer et de brandir sa force à l’extérieur.

Cela signifie qu’elle vit pleinement son expérience avec ses difficultés et ses gloires, avec ses doutes et ses moments de grâce, avec ses convictions et ses peurs dans une danse parfois compliquée mais réelle, incarnée, vivante.

Libre dans le cadre ne la signifie pas soumise. Elle manifeste son pouvoir c’est-à-dire qu’elle fait ce qu’elle a à faire pour permettre à son bébé de naitre.

Ce pouvoir est sa force intérieure, son souffle, son ressenti. Il émerge, il est incarné, il n’a rien à prouver. Il n’a nul besoin d’être défendu. Ce pouvoir n’est pas contre ce qui se passe. Ce pouvoir assume l’expérience.

Je l’ai vu, contre toute attente, être respecté car il est habité, solide, libre.

Il vacille parfois mais il appelle un respect profond des gens autour car il est la réelle expression de la liberté d’être, sans compromis mais aussi sans contrôle : cette liberté vécue ne sait pas où elle va ni comment elle va se manifester.

Cette liberté n’est pas si facile à chevaucher.

 

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