Vieillir… un drame ou un cadeau?

 In accompagner la vie, Aller-retour vers l'au-delà, fin de vie

Et si vieillir permettait de

S’ouvrir à son intériorité

Toucher à l’essentiel

Arrêter la course effrénée à l’extérieur de soi

Laisser ses expériences se déposer et

Transmettre

Accompagner

Nourrir l’intériorité des êtres autour de soi

Tout comme on se prépare à naître, on se prépare à vieillir et à mourir.

Ça n’est pas triste.

Ça devient difficile lorsqu’on continue la course à l’accumulation des biens ou à la recherche d’une éternelle jeunesse.

Quand est-ce que le refus de la vieillesse a donc débuté ?

Je me posais une question similaire il y a 25 ans quant au passage de la naissance :quand est-ce que mettre au monde un enfant est devenu si compliqué ?

Quand est-ce qu’on s’est coupé de l’initiation et des révélations de ces passages de vie qui rythment notre humanité depuis la nuit des temps ?

Quand a-t-on choisi de conceptualiser ces passages en terme de douleur, de perte et de difficulté ? Et pourtant, résister à une situation et vouloir que ce soit différent est tellement difficile.

Christiane Singer[1] parle de la porosité de l’être qui vieillit. Le personnage devient poreux. Il prend l’eau… Quelle belle image.

Si je me laisse prendre l’eau, je me fluidifie un peu, je me ramolli.e. Je ne suis plus seulement cette personnalité qui s’est édifiée et qui m’a permis de construire, d’apprendre, de défendre mes convictions, d’être en action et d’assumer un rôle. Tout ceci a été utile en son temps. En vieillissant, je vois que mon costume, ce rôle porté des années durant devient étriqué. Et plus mon costume s’entrouvre, et mieux j’entends mon propre souffle, mon propre rythme…

Et je respire avec. Et j’arrête de lutter contre mon corps qui vieillit.

Dans cet état de porosité qui s’installe, en ce qui me concerne, je constate que j’ai moins envie de défendre des idées et des concepts. Je n’y arrive plus.

J’ai plus envie de trouver les mots qui vont faire écho dans le cœur des lecteurs et des lectrices.

Je réalise avec joie que mon cœur est comblé lorsque mes mots éveillent le regard de celles et ceux qui écoutent ou qui lisent, que ces mots réveillent leur ressenti, leur connaissance profonde, sans que je le sache ou que je le veuille.

Cette résonnance du verbe est plus efficace que tous mes combats. Et elle ne dépend plus de ma volonté.

Voilà ce qui change en vieillissant.

Voilà ce qu’on a mis de côté dans notre culture.

La liberté offerte par ce détachement de la volonté avec le temps qui passe est pourtant si douce.

Et l’intuition s’éveille lorsque la raison libère du terrain. J’en ai souvent parlé pour le moment de la mise au monde. Mais cet état se reproduit indéfiniment dans notre vie.

L’ intuition nous fait découvrir un autre registre de notre contact au monde par les subtilités des sensations, du ressenti, des perceptions.

Peu à peu le mystère est apprivoisé, le corps est moins serré dans son costume et devient plus poreux, plus transparent à la vie, plus souple malgré l’arthrose ou la fonte musculaire …

Nous avons une idée de la vieillesse. Nous l’avons conceptualisée. Je crois que nous avons besoin de goûter à une expérience nouvelle, à retrouver l’essence de ce passage.

C’est pourquoi ces vieillards ridés et heureux nous attendrissent le cœur : ils ont touché à cet espace, en se détachant peu à peu de leur corps transformé et ils profitent alors pleinement de ce rapport à la vie, du mystère apprivoisé qui ne leur fait plus craindre la mort.

 

 

 

[1] Christiane Singer, N’oublie pas les cheveux écumants du passé, Albin Michel

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