La double vie d’une mère

 In accompagner la vie, mort, naissance

Dans son roman «les 7 nuits de la reine», Christiane Singer nous raconte l’histoire d’une mère qui accueille son bébé et par la suite, elle l’accompagne dans la maladie et la mort.

Je vous en propose quelques magnifiques extraits.

« Quand je reçus dans mes bras ce fils qui venait de naître, j’eus une révélation qui m’électrisa. Moi qui avais cru jusqu’alors à l’existence des «bébés», je cessais sur-le-champs d’y croire. Cette minuscule créature que je contemplais les yeux écarquillés était une personne à part entière, crissante d’histoire et de mémoire et qui, de ses yeux couverts de pruine fouillait l’opacité du jour à la rencontre de quelqu’un.

Mais plus que son apparence, me troublaient les messages que je recevais de lui dans un corps à corps éperdu.

Il se trouvait cousu dans un morceau de peau et s’en alarmait. Quelque-chose en lui d’immense et de libre tentait de se relever, de s’élancer et retombait comme un oiseau à l’aile brisée dont les tentatives d’envol sont vaines … Je me mis à parler, à gazouiller, à soulever d’un doigt la minuscule main, à me comporter comme le font les mères. Mais l’autre message m’était parvenu, à jamais indélébile.

Je fus amenée à mener une double vie. De jour je jouais la mère. De nuit je venais souvent m’asseoir auprès de lui lorsqu’il était endormi pour lui parler comme à un étranger de marque de ce que j’avais vu et cru voir sur cette terre, de cette sensation d’exil qui ne m’avait jamais quittée mais aussi de toutes les raisons que j’avais rencontrées de nouer amitié avec cette vie[1]

Et puis la maladie …

« La cruauté de ce que je vécus alors, je ne l’avais jamais approchée avant et je ne l’ai plus approchée depuis. Je connus nuit après nuit la formidable force aspirante du désespoir, son irrésistible pouvoir de succion. Je devins un entonnoir où s’engouffraient de toutes parts négativité et détresse…»[2]

«J’aurais pu croire que le désespoir total conserve un sens si je n’avais pas vécu sous son emprise abominable, si je n’avais pas été forcée de constater qu’il est la trahison ultime que commettent les vivants contre les morts»[3].

« Une seule vie donne accès à tout. La charnière qui relie l’entière création à une seule vie, voilà l’unique mystère sur cette terre qui mérite notre attention passionnée, notre vénération[4]…»

Merci Christiane Singer pour ces mots qui révèlent si bien la beauté du mystère de la vie.

Toute l’information sur le Séminaire Accompagner la vie.

Isabelle Challut

[1]Extrait p.113-114

[2]Extrait p.153

[3]Extrait p.159

[4]Extrait p.167

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